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Léonard et la blockchain


Parution le 2 mai 2019 5 minutes de lecture Ce 2 mai 2019, est publiée la première recherche sur la blockchain et l’industrie des médias au Canada. Le fruit d’un long travail, avec le soutien de Téléfilm Canada et du Fonds des Médias du Canada. Pour en être l’auteur et le co-initiateur, je remercie ces institutions pour leur confiance et leur appui, ainsi que le Pôle Médias HEC Montréal pour sa collaboration très appréciée. Mais le 2 mai 2019 est surtout une date marquante en tant qu’anniversaire du décès de Léonard de Vinci. Le « Divin artiste », comme l’avait déjà nommé au XVIe siècle son premier biographe, Giorgio Vasari, est mort il y a tout juste 500 ans aujourd’hui. De Vinci est l’un des plus grands « explorateurs » que notre Monde ait connu, de par sa curiosité intellectuelle, combinant sciences et différentes formes d’arts, dont évidemment la peinture. Un génie dit-on, aussi fascinant que mystérieux. La Joconde en sourit encore. Alors publier ce travail de recherche à la date anniversaire de la mort de « l’humaniste au savoir total » m’a fait me poser la question : qu’aurait-il fait, lui, Léonard, avec et pour la blockchain ? L’aurait-il inventée ? Peut-être. Mais, certainement, il s’y serait intéressé et aurait su la mettre à profit. Voici quelques illustrations, anachroniques bien sûr, liées tant à l’oeuvre qu’à la vie trépidante de Monsieur de Vinci, pour matérialiser les applications encore trop souvent abstraites de la blockchain. Après tout, avec Léonard, en plus de l’expression artistique, c’était l’ingénierie et l’exactitude scientifique qui comptaient. Alors cette blockchain, qu’est-ce qu’il en aurait fait Léonard ? De Vinci, c’est la remise en question des connaissances établies et des dogmes. Un véritable esprit de disruption. Bien qu’à mon sens la blockchain soit plus un facteur lent de disruption (échelonné sur des années), remis dans le contexte des XVe et XVIe siècles, en finalement peu de temps, son esprit foisonnant et des méthodes innovatrices ont su avoir, ou vouloir, un impact disruptif. Que ce soit en sciences ou en arts. De Vinci, n’a pas fait qu’ouvrir la voie à ses successeurs, il s’est aussi inspiré du travail d’autres, prédécesseurs ou contemporains. La différence est qu’il est le premier à avoir véritablement colligé de l’information et des données de façon systématique. Il a « revalorisé l’observation ». Cette observation, combinée à l’expérimentation, était son mode d’apprentissage. Le principe de la preuve de concept propre à l’expérimentation de toute technologie. Et particulièrement la blockchain, toujours à l’ère expérimentale, et dont les applications pratiques soulèvent autant d’espoir et d’enthousiasme que de scepticisme. Nombre de ses observations et constats ont été écrits dans une diversité de documents qui, pour l’essentiel, ont été disséminés au fil des années dans toute l’Europe. La trace de beaucoup de ces documents a été perdue. Leonard aurait pu les enregistrer sur une blockchain et en faire authentifier l’origine. D’une part les contrefaçons ou appropriations non autorisées auraient été limitées car plus facilement identifiables et, d’autre part, la traçabilité de ces écrits aurait été plus grande et plus fiable assurant une plus grande diffusion de son travail. En fait, il semblerait que la précision de ses recherches et réalisations, et parlons ici notamment de ses planches anatomiques, « était telle, que si elles avaient été publiées, les connaissances sur le corps humain auraient été devancées d’un siècle ». Leonard aurait-il pu bénéficier de la blockchain comme système de désintermédiation pour publier lui-même ? Après tout, avec l’exemple du Bitcoin qui se passe d’intermédiaire bancaire, la blockchain est la promesse d’une nouvelle distribution par laquelle le créateur reprend le contrôle. L’auditoire également. Fils de notaire, Leonard devait bien comprendre le rôle de l’intermédiaire. Or, la blockchain, par son mécanisme de consensus, c’est surtout authentifier et notarier les transactions dans un grand registre ouvert. Mais Léonard semblait avoir une imagination bien plus fertile que sa capacité de concrétiser ses idées. Bien peu de ses recherches scientifiques et même de ses oeuvres artistiques (une vingtaine pour celles-ci semble-t-il) sont effectivement devenues réalités. Aurait-il pu, après avoir enregistré ses travaux sur la blockchain, accorder à d’autres, artisans, ingénieurs ou artistes, des licences pour la réalisation de ceux-ci, en suivre l’avancement et être rémunéré sur les productions dérivées ? Tout cela grâce à la transparence que permet un registre chronologique distribué comme la blockchain ? Et puis, de Vinci était aussi autodidacte et polyvalent que méthodique, pour être arrivé à bâtir un véritable « savoir universel ». Il semblerait difficile dorénavant d’atteindre un tel niveau de savoir « dans notre situation de disciplines compartimentées ». En fait, dans la continuité de l’idée précédente, la blockchain aurait pu et pourrait soutenir cet esprit universel : elle serait un formidable outil de collaboration, où les contributions de chacune et chacun seraient authentifiées, validées, autorisées, suivies et reconnues. La blockchain se veut être l’interconnexion des savoirs, combinée au respect de la propriété intellectuelle, et ce, pour le bien commun. Un véritable contrat intelligent coopératif. Oui, mais, et comme nous l’avons vu, la blockchain est expérimentale. Comme les travaux de Léonard. Et celui-ci devait toujours courir après l’argent. Son savoir, sa débrouillardise et son pouvoir de séduction lui ont permis de bénéficier du mécénat des Médicis, des Sforza et des rois Louis XII et François Ier. Mais peut-être que Léonard aurait pu imaginer la tokenisation de ses recherches et de ses oeuvres ? Autrement dit, grâce à la transparence et à la traçabilité offertes par la blockchain, ainsi qu’à la cryptographie et aux contrats intelligents avec lesquels elle fonctionne, permettre à Léonard, le créateur, d’émettre des jetons numériques. Des tokens visant à numériser des actifs et à les valoriser. D’abord pour leur financement, ensuite pour leur diffusion. Imaginez, votre ancêtre ayant investi quelques écus dans La Joconde ? Un droit numérique sur un actif, authentifié et enregistré de façon immuable sur une base de données décentralisée ? Que vaudraient les jetons issus de ces quelques écus maintenant ?… Alors parlant de valeur et de traçabilité, au moment d’écrire ces lignes, remarquons que le tableau le plus cher jamais vendu, Salvator Mundi, initialement prévu pour être exposé au Musée du Louvre d’Abou Dabi, aurait disparu. D’une part des doutes existaient déjà sur l’origine de l’oeuvre (serait-ce les plus doués de ses apprentis qui l’auraient peinte finalement ?). Mais également, l’opacité quant à l’identité de l’acheteur et surtout quant au lieu où elle se trouverait est grande… un système de traçabilité et d’authentification basé sur un registre distribué aurait-il pu aider ?… Dans tous les cas et pour conclure, si de Vinci avait en tête une « quête incessante pour saisir les lois universelles qui régissent l’Homme et l’Univers », il est bien possible qu’un parallèle soit à faire. En contribuant à réinventer les relations entre les individus et entre les organisations, comme certains des principes sur lesquels reposent des industries, des institutions et peut-être aussi des sociétés, il est envisageable que certaines des applications les plus nobles de la blockchain soient consciemment ou inconsciemment dans une quête comparable. L’idée de ce texte à saveur fantaisiste, et certaines de ses portions (particulièrement celles entre guillemets) sont inspirées d’une séries d’articles du journal québécois Le Devoir parus le 27 avril 2019. Il est le travail des journalistes Isabelle Paré, Jean-François Nadeau et Stéphane Baillargeon, ainsi que le résultat des différentes entrevues que ceux-ci ont conduites auprès de spécialistes. Merci donc à eux pour cette inspiration. Une dernière remarque : il est aussi amusant d’apprendre que l’acteur et producteur Leonardo DiCaprio devrait jouer en 2019 le rôle de Léonard de Vinci. Lui qui, par sa société de production, travaille déjà sur un film biographique sur Nolan Bushnell, fondateur des jeux Atari. Projet dont le pari a été de baser en grande partie son modèle de financement et de promotion sur l’émission de jetons numériques. Une autre histoire à suivre.




La blockchain, une technologie de registre distribué


Cet article est complémentaire à la recherche « La chaîne de blocs et l’industrie canadienne des médias », un projet mis en œuvre par Téléfilm Canada, le Fonds des médias du Canada et Badel Media, avec la collaboration du Pôle Médias HEC Montréal. Parution le 2 mai 2019 10 minutes de lecture Définir la blockchain Définir de façon simple la blockchain n’est jamais chose facile et chaque spécialiste du sujet l’abordera d’une façon et dans un contexte différents. Mais pour la résumer, certains fondamentaux doivent être présentés. Ce sont souvent eux qui permettent au lecteur de visualiser les applications et la portée de cette technologie. Disons tout de suite que la blockchain consiste en des protocoles informatiques, essentiellement en code source ouvert, et fait partie de la famille des technologies de registre distribué (TRD). Les registres sont depuis toujours des enregistrements chronologiques d’information sur des transactions, généralement le transfert d’un bien, de son usage ou de sa propriété notamment, d’une personne ou organisation à une autre. Leur version informatique, une TRD, n’est pas un concept nouveau et plusieurs approches et technologies en émergent, complémentaires ou concurrentes les unes envers les autres. Ce qui distingue particulièrement la blockchain des autres TRD, c’est la notion de consensus. Autrement dit, la mise en place d’un mécanisme issu d’un ensemble de règles acceptées par les participants au réseau, et nécessaire pour son bon fonctionnement. Car soulignons de nouveau que la distribution est au cœur de la blockchain : distribution de l’information, des processus, des rôles et des responsabilités, dans une vision commune, un but commun. Le consensus est l’élément essentiel à la base de la gouvernance d’un système décentralisé se voulant ne plus reposer sur une autorité centrale de contrôle. Caractéristiques clés Si nous décidons de limiter la description à son plus simple, nous pouvons définir la blockchain comme étant une base de données. Une base de données qui a donc la particularité d’être distribuée, c’est à dire, en quelque sorte, répliquée et synchronisée sur les différents nœuds informatiques d’un réseau. Cette distribution a pour bénéfices : Une plus grande transparence des données, par la multiplication des points d’accès ; ce qui facilite leur authentification mais surtout leur suivi, c’est à dire leur traçabilité ; L’immutabilité de ces données : déjà sécurisées par les techniques de cryptographie en usage sur une blockchain, les données entrées dans un registre distribué seront d’autant plus immuables que chaque « copie » de ce registre devra être cohérente avec les autres. Usages fondamentaux de la blockchain Toutes les applications de la blockchain sont liées à au moins un de ces quatre usages : Le cadastre, ou le registre chronologique de transactions entre entités authentifiées ; Le transfert de valeur qui induit la désintermédiation comme impact potentiel ; L’automatisation, via des contrats intelligents, ou contrats codés, qui ont pour bénéfice une plus grande efficience de processus administratifs et d’affaires ; La numérisation d’actifs avec pour promesse la création de nouvelles formes de valeurs et de modèles d’affaires. Dans le cadre de cette introduction au fonctionnement de base de la technologie, nous nous concentrons sur les deux premiers points : cadastre et transfert de valeur. Éléments de base du fonctionnement Notons aussi que le fonctionnement décrit concerne avant tout les blockchains publiques du type de la blockchain bitcoin. Les blockchains privées et hybrides ou de consortium (par exemple liées à une organisation ou à un secteur d’activités) auront des types de consensus qui ne reposent généralement pas sur les mêmes principes. Elles seront par conséquent beaucoup moins « décentralisées » au sens propre du terme car ces blockchains visent plus à distribuer des rôles et processus, accroître la traçabilité et l’efficacité, instaurer de nouveaux types de relations entre parties prenantes, dans un but commun de répondre à un enjeu sectoriel. Résumons ici en premier lieu les éléments à la base des blockchains publiques : Les données sont encryptées et « scellées » dans des blocs, une fois un processus de validation et d’authentification complété via le mécanisme de consensus accepté par les membres du réseau. Ce mécanisme repose aussi sur des principes de cryptographie. Pour la blockchain bitcoin (débutée en janvier 2009 et première application d’affaires de la technologie blockchain), ce consensus se nomme la Preuve de travail (Proof-of-Work). Les blocs sont reliés les uns aux autres par un identifiant unique. Au final, ces blocs interconnectés constituent une chaîne . Et plus cette chaîne sera longue, plus elle deviendra immuable et donc sécuritaire. Car tenter de modifier une donnée dans un bloc, équivaut à toucher à l’intégrité de la chaîne. L’éventuelle modification sera en effet traçable, et contestable, en raison de la non correspondance des données du bloc affecté avec celles des autres blocs. La blockchain est aussi théoriquement inaltérable puisque sa prise de contrôle nécessite celle d’au moins 51% des nœuds du réseau. Avec l’exemple du bitcoin, une telle éventualité peut représenter une quantité de ressources informatiques extrêmement grande, laissant ainsi peu de place à des comportements malveillants. Malgré les impacts environnementaux (consommation électrique, etc.), c’est aussi cette exigence en ressources informatiques qui garantit la fiabilité du système. Consensus, gouvernance et confiance La technologie des registres distribués introduit une forme de comptabilité collective, donc théoriquement de vérification par quiconque et en presque temps réel. En l’absence d’autorité centrale de contrôle, le système en lui-même, décentralisé et avec son mécanisme de consensus, est l’instrument de confiance entre les parties prenantes. Ce qui en fait certainement sa plus grande innovation, que ce soit au niveau technologique comme de la gouvernance. Le minage est une pièce maîtresse de la confiance dans le système. Cette activité de minage, caractérisée par des ressources informatiques mises à disposition du réseau moyennant incitatifs et compensations, permet de valider les nouvelles transactions et de les ajouter au registre, après approbation par consensus. Dans une blockchain comme la blockchain bitcoin notamment, ce consensus est un mécanisme compétitif de résolution de calculs mathématiques qui est donc la preuve de travail. Le minage basé sur la preuve de travail Chaque ordinateur connecté à la blockchain peut en principe devenir un "mineur". En principe, car le minage (dans sa forme actuelle de preuve de travail) nécessite de plus en plus grandes ressources informatiques. Généralement, ces ressources sont de type ASIC (Application-Specific Integrated Circuit). Donc des systèmes conçus pour une application particulière. Dans cette fonction, les mineurs choisissent un ensemble de transactions à partir d'un “pool” de toutes les transactions en attente de validation sur le réseau. Pour cela les bénéfices espérés des mineurs pour le traitement jouent énormément sur le choix et donc sur l’ordre de priorité des transactions à traiter. Car l’économie du minage repose logiquement sur la recherche d’un profit (rétribution pour le traitement de la transaction versus coût de la ressource informatique). Pour le Bitcoin, les mineurs du système sont rémunérés via une combinaison de devises virtuelles nouvellement émises et de frais de transaction ou commissions. Comme ordre d’idée, à l’heure actuelle, le premier qui résout le défi mathématique lié à la validation d’un bloc de transactions prêt à être approuvé se voit octroyé 12,5 nouveaux bitcoins. Autant de bitcoins qui sont et seront injectés dans le réseau jusqu’à un maximum de 21 millions (fin août 2018 un peu plus de 17 millions étaient en circulation, le dernier bitcoin devant être émis autour de 2141, soit 132 ans après sa création). En d’autre termes, et à un rythme décroissant pour atteindre ces 21 millions dans un horizon de temps suffisamment long, le minage, ou “processus d’extraction”, est aussi l’activité essentielle d’émission de nouveaux bitcoins. À l’intérieur du bloc... Le processus compétitif de la blockchain Bitcoin est configuré de manière à ce que toutes les 10 minutes un nouveau bloc soit ajouté. Afin de respecter ce rythme, le défi à solutionner est sujet à une difficulté adaptable en fonction de la puissance de calcul totale du réseau. Aussi, ce rythme sera donc complètement variable selon le protocole utilisé pour une blockchain autre que Bitcoin. Mais avant que cet ajout d’un nouveau bloc ne soit possible, il y a deux étapes : 1/ Les mineurs doivent donc d'abord résoudre un calcul mathématique spécifique : il s’agit de la fonction cryptographique de hachage qui vise à identifier, de façon aléatoire, une valeur (nonce) dont la juxtaposition aux données du bloc précédent produira un hache (Hash) qui devra être inférieur à un certain seuil (le défi mathématique à résoudre). Pour simplifier, ce hache est également l’empreinte unique du bloc et est une suite unique de caractères (256 sur la blockchain Bitcoin). Avec le changement d’une donnée d’un bloc, un nouveau hache sera généré. D’où un problème de correspondance qui pourra facilement être repéré sur un réseau décentralisé dont les noeuds détiennent autant de copies du registre. Le hache est une sorte d’image standardisée de taille fixe rendant quasi impossible de trouver la valeur de sortie à partir de la valeur d’entrée. Le bloc original d’une chaîne ne peut donc être modifier. Immuable, ce premier bloc est le bloc “genèse” (Genesis). 2/ Une fois le problème résolu par un mineur, celui-ci doit publier le bloc auprès de tous les autres ordinateurs du réseau qui ensuite le valident. Seuls les blocs contenant des transactions approuvées à l'unanimité sont ajoutés à la chaîne. Les blocs (d’une taille maximale variable, mais par exemple limitée à 1 Mo pour la blockchain bitcoin) sont intégrés à une chaîne dans une séquence chronologique. Chaque bloc approuvé et publié se caractérise essentiellement par son empreinte (Hash), son horodatage (Timestamp), ainsi qu’un champs de données caractérisant les transactions. L’immuabilité d’une blockchain est appuyée par le fait qu’elle est entièrement copiée sur les noeuds du réseau (poids total de la blockchain Bitcoin fin août 2018 : environ 180 Go).





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